Nous vivons dans une civilisation fascinée par la vitesse. Nous célébrons les “jeunes talents”, les “jeunes pousses”, les “jeunes entrepreneurs”. Nous parlons sans cesse de disruption, de rupture, de nouveauté. Comme si l’avenir appartenait exclusivement à ceux qui arrivent et que ceux qui ont construit le présent étaient condamnés à l’observer de loin.
Avec le recul que lui confèrent son parcours et son expérience, Klaus Schwab nous rappelle que cette vision est probablement l’une des plus grandes illusions de notre temps. Une analyse que je partage pleinement.
L’histoire n’a jamais été écrite par la jeunesse seule. Elle est toujours née de la rencontre entre l’énergie de ceux qui découvrent le monde et la sagesse de ceux qui l’ont déjà parcouru. Une société qui valorise uniquement la nouveauté finit par oublier ce que seule l’expérience peut transmettre : le discernement. Car l’expérience n’est pas l’accumulation des années ; elle est la capacité à reconnaître les permanences derrière les changements, à distinguer les effets de mode des véritables ruptures, à voir plus loin que le prochain trimestre ou la prochaine levée de fonds.
Nous confondons souvent innovation et jeunesse. Pourtant, les grandes idées naissent rarement de l’impatience. Elles émergent lorsque la curiosité rencontre la profondeur, lorsque l’audace s’appuie sur la mémoire, lorsque la créativité dialogue avec la connaissance. Le progrès ne consiste pas à remplacer une génération par une autre ; il consiste à créer les conditions de leur coopération.
L’allongement de l’espérance de vie représente sans doute la plus grande révolution silencieuse du XXIᵉ siècle. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, plusieurs générations peuvent contribuer simultanément à construire l’avenir. Ce qui aurait dû être perçu comme une formidable richesse est pourtant souvent présenté comme un problème économique ou démographique. Nous parlons du vieillissement de la population alors que nous devrions parler de l’émergence d’une immense réserve de compétences, de créativité et de transmission.
Nous avons inventé le concept de retraite à une époque où l’espérance de vie dépassait à peine quelques années après la fin de la vie professionnelle. Aujourd’hui, des millions de femmes et d’hommes disposent encore de vingt, trente, parfois quarante années d’énergie, de santé et d’envie de contribuer. Pourquoi continuons-nous à considérer cette période comme une sortie, alors qu’elle pourrait devenir une nouvelle entrée ?
Les prochaines grandes innovations ne viendront probablement pas seulement des laboratoires d’intelligence artificielle ou des robots humanoïdes. Elles viendront aussi de notre capacité à réinventer le parcours de la vie. À passer d’une société organisée autour de l’âge à une société organisée autour des compétences, de la curiosité et de la contribution. À reconnaître qu’il n’existe pas un moment où l’on apprend, un moment où l’on travaille, puis un moment où l’on cesse d’être utile. La vie devient désormais un apprentissage continu, une succession de métamorphoses.
L’âge ne constitue plus une limite biologique ; il devient une variable culturelle. Ce qui nous freine n’est pas le nombre des années, mais les représentations que nous continuons à leur associer.
Peut-être est-il temps de remplacer une question devenue obsolète : “À quel âge faut-il s’arrêter ?” par une autre, infiniment plus féconde : “Comment permettre à chacun de continuer à créer de la valeur tout au long de sa vie ?”
Car les meilleures années d’une existence ne sont pas nécessairement derrière nous. Elles sont souvent devant nous, à condition d’avoir encore la curiosité d’apprendre, le courage de se réinventer et le désir de transmettre.
Au fond, la jeunesse n’est peut-être pas une question d’âge. Elle est une manière de regarder l’avenir. À la Fondation Inartis, nous sommes convaincus que l’innovation ne naît pas seulement des idées nouvelles, mais aussi de l’expérience de celles et ceux qui ont déjà construit, entrepris et traversé les transformations. C’est tout le sens de l’Inartis Network, qui réunit plus de 2’000 experts, entrepreneurs et dirigeants désireux de transmettre leur expérience aux porteurs de projets et aux start-up qui en ont besoin. Si vous souhaitez, vous aussi, contribuer à construire l’avenir en partageant ce que vous avez appris, rejoignez-nous : info@inartis.ch. Car l’expérience ne prend toute sa valeur que lorsqu’elle se transmet.


