Pendant des décennies, Genève a incarné la diplomatie mondiale. Les grandes négociations s’y tenaient, les traités s’y signaient, les organisations internationales y trouvaient un terrain neutre où construire le dialogue.
Aujourd’hui, le paysage évolue. Certaines conférences se déplacent. Les négociations sur l’Ukraine se tiennent au Bürgenstock. Les discussions sur le nucléaire iranien passent par d’autres capitales. La concurrence entre places internationales s’intensifie.
Faut-il y voir le déclin de Genève ? Je ne le crois pas.
Car si la géopolitique se fragmente, la science, elle, continue de rassembler.
Ces derniers jours, Genève a accueilli le 12ᵉ Congrès de l’Académie Européenne de Neurologie, réunissant plusieurs milliers de neurologues, chercheurs et cliniciens du monde entier. Organisé dans le cadre de Genève, Capitale Européenne de la Santé Cérébrale 2026, le congrès a fait de la région lémanique le centre mondial des neurosciences pendant plusieurs jours.
Le thème retenu, “Brains, Bytes & Beyond”, illustre parfaitement les transformations en cours. Les neurosciences rencontrent désormais l’intelligence artificielle, les technologies numériques, le calcul intensif et la médecine personnalisée. Les grands défis scientifiques deviennent par nature interdisciplinaires et internationaux.
Au-delà de Palexpo, le Campus Biotech est devenu l’un des symboles de cette évolution. Là où s’écrivait autrefois l’histoire de la diplomatie internationale, s’invente aujourd’hui une nouvelle diplomatie : celle de la connaissance, de l’innovation et de la coopération scientifique.
Car les défis du XXIᵉ siècle — santé, climat, énergie, intelligence artificielle ou cybersécurité — ne se résoudront ni par la seule politique ni par les seuls marchés. Ils nécessitent des espaces où chercheurs, médecins, ingénieurs, entrepreneurs, diplomates et décideurs peuvent dialoguer.
Genève possède précisément cet ADN.
Peut-être faut-il finalement élargir notre définition de la « place internationale ». Son avenir ne résidera pas uniquement dans les conférences diplomatiques ou les signatures de traités. Il dépendra aussi de sa capacité à devenir la capitale mondiale des grands dialogues scientifiques, là où se rencontrent les disciplines, les technologies et les cultures pour construire des solutions aux défis globaux.
La diplomatie scientifique n’est pas un substitut à la diplomatie politique.
Elle en devient progressivement l’un de ses piliers.


