L’audition : seulement 7 %… et pourtant un levier majeur contre la démence

L’audition : seulement 7 %… et pourtant un levier majeur contre la démence

La revue Nature vient de publier un excellent article intitulé How to avoid dementia — what the science really says. Son principal mérite est de remettre un peu de nuance dans un domaine où les promesses sont parfois exagérées. Oui, l’activité physique, une alimentation équilibrée, la stimulation cognitive et les interactions sociales contribuent à préserver notre cerveau. Mais non, aucun de ces facteurs ne garantit d’éviter la maladie d’Alzheimer. Les essais cliniques montrent des bénéfices réels, mais souvent modestes. La prévention est une somme de petits gains, pas une solution miracle.

Ce qui a particulièrement retenu mon attention est un chiffre qui pourrait passer inaperçu. Parmi les quatorze facteurs de risque modifiables identifiés par la Commission du Lancet, la perte auditive non traitée représenterait à elle seule environ 7 % des cas de démence. C’est davantage que le diabète, l’obésité, la dépression ou la consommation excessive d’alcool pris individuellement. Autrement dit, préserver l’audition n’est pas seulement une question de confort ou de qualité de vie ; c’est aussi un enjeu majeur de santé cérébrale.

Pourquoi un tel impact ? Parce qu’entendre, c’est rester connecté au monde. Une perte auditive favorise progressivement l’isolement social, augmente l’effort cognitif nécessaire pour comprendre une conversation et réduit les stimulations permanentes dont notre cerveau a besoin pour rester performant. Préserver l’audition, c’est maintenir ce lien essentiel entre notre cerveau et notre environnement.

C’est précisément l’une des raisons pour lesquelles j’ai accepté de m’engager dans la présidence de l’IHU reConnect / Pasteur. Je suis convaincu que la médecine de demain ne pourra plus se limiter à traiter les maladies lorsqu’elles apparaissent. Elle devra identifier précocement les facteurs de risque, préserver les fonctions sensorielles, cognitives et motrices, et développer des solutions permettant de maintenir les personnes autonomes le plus longtemps possible. L’audition en est un excellent exemple.

Cette approche est également au cœur de notre stratégie de performance cognitive développée au sein d’AIRcare. Nous sommes convaincus que le cerveau ne peut être dissocié de ses principales interfaces avec le monde extérieur. C’est pourquoi nous accordons une importance toute particulière à deux fonctions sensorielles essentielles : l’audition et la vision. Les progrès réalisés dans l’évaluation, le suivi et l’optimisation de ces fonctions, notamment à travers les développements de Neurovision, ouvrent des perspectives nouvelles. Il ne s’agit plus seulement de compenser un déficit lorsqu’il apparaît, mais d’agir en amont pour préserver les capacités cognitives, favoriser la plasticité cérébrale et prolonger l’autonomie.

L’article rappelle également une réalité essentielle : près de 45 % des cas de démence pourraient théoriquement être liés à des facteurs modifiables. Ce chiffre ne signifie évidemment pas que chacun peut réduire son risque de 45 %. Il montre surtout que la prévention est une responsabilité collective. Elle passe par l’éducation, l’accès aux soins, la lutte contre la pollution, la réduction de l’isolement social, mais aussi par une meilleure prise en charge de l’audition et de la vision.

Au fond, le message est encourageant. Nous ne maîtrisons ni notre âge ni notre patrimoine génétique. En revanche, nous pouvons agir sur de nombreux déterminants qui contribuent à préserver notre capital cérébral. Les fonctions sensorielles, longtemps considérées comme secondaires, apparaissent aujourd’hui comme des leviers majeurs d’une médecine préventive et personnalisée. C’est cette vision intégrée de la santé cognitive que nous souhaitons promouvoir, en faisant converger neurosciences, technologies, intelligence artificielle et médecine préventive au service d’une ambition simple : préserver durablement les capacités cognitives et l’autonomie de chacun.

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