Editorial : L’absolu ou le néant : ces rares territoires où l’ambiguïté n’a pas sa place

Editorial : L’absolu ou le néant : ces rares territoires où l’ambiguïté n’a pas sa place

Il est des sentiments qui, par leur nature même, ne souffrent pas la demi-mesure. La confiance, par exemple, n’existe pas à 50 %. Elle ne peut être fractionnée, négociée ou conditionnelle. On fait confiance, ou l’on n’en fait pas. Dès qu’elle est entamée, elle cesse d’être confiance et devient soupçon, calcul ou simple tolérance. La confiance est un absolu : elle est entière ou elle n’est plus.

L’amour obéit à une logique semblable. Il n’est pas une somme de gestes ou une arithmétique d’attentions que l’on pourrait doser. Il est une force qui embrase ou qui s’éteint. Parler d’« aimer un peu » n’a pas de sens : ce n’est plus l’amour, mais l’affection, la sympathie, l’attachement. L’amour véritable est total, il engage l’être dans son entier, il transcende la prudence et les compromis.

Mais ils ne sont pas seuls. La loyauté appartient à la même famille : fidèle ou infidèle, il n’y a pas d’entre-deux. Le respect également, car dès qu’il se colore de condition ou de calcul, il devient condescendance ou politesse vide. La vérité ne se partage pas davantage : la vérité tronquée n’est déjà plus la vérité, mais un mensonge dissimulé. Et que dire de l’intégrité, qui, dès qu’elle cède sur un point, cesse d’exister en entier ?

Ces sentiments absolus, exigeants et radicaux, nous rappellent qu’au cœur de l’existence demeurent des lieux où la relativité et le compromis n’ont pas leur place. Ils imposent un choix clair : oser le tout, ou renoncer. Mais c’est justement parce qu’ils ne tolèrent pas le partage qu’ils nous élèvent : ils nous contraignent à sortir du calcul, de la prudence, de l’ego, pour entrer dans une relation pleine et sans réserve — avec nous-mêmes, avec l’autre, avec le monde.

Dans un univers où tout semble pouvoir se négocier, se fragmenter, se mesurer, ces absolus sont comme des phares : ils rappellent qu’il existe encore des points fixes, inaltérables, sur lesquels nous pouvons fonder notre humanité.

Ils sont peut-être les rares territoires où l’ambiguïté n’a pas sa place.

1 Comment

  1. Martial geiser - August 28, 2025

    Tes éditoriaux sont souvent surprenants de justesse.
    Surprenants lorsqu’ils sont hors du champ de l’actualité brûlante, mais proche du quotidien.
    Plein de justesse, parce qu’ils sont empreints d’une sensibilité rafraîchissante.

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