La perte d’audition apparaît aujourd’hui comme un facteur majeur mais encore sous-estimé du déclin cognitif. Selon la neurobiologiste Anne-Lise Giraud, directrice de l’Institut reConnect rattaché à l’Institut Pasteur, les personnes dont l’audition diminue avec l’âge présentent un risque jusqu’à deux fois et demie plus élevé de développer la maladie d’Alzheimer.
Ce sujet est au cœur d’un événement organisé au Campus Santé à Genève, dans le cadre des événements NR1 de la Fondation Inartis, réunissant un panel de spécialistes de l’audition — cliniciens, chercheurs et psychologues — pour faire le point sur les avancées scientifiques et médicales dans ce domaine. Les discussions portent notamment sur les nouvelles approches de prise en charge et de réhabilitation, comme les implants cérébraux ou la thérapie génique.
Contrairement à une idée reçue, l’impact de la surdité ne se limite pas à l’isolement social. Certes, entendre moins réduit les interactions et stimule moins le cerveau. Mais les recherches montrent un mécanisme biologique plus profond : le lobe temporal, impliqué dans l’audition, est très vascularisé. Une perte auditive peut diminuer cette vascularisation et favoriser l’accumulation de protéines anormales associées à Alzheimer.
Autre point clé : le déclin auditif débute généralement entre 50 et 60 ans, soit environ dix ans avant les premiers symptômes cognitifs. Cela offre une fenêtre de prévention essentielle, encore trop peu exploitée aujourd’hui.
La bonne nouvelle est que ce facteur est modifiable. Améliorer l’audition — grâce aux appareils auditifs ou à des approches innovantes comme la sonothérapie — pourrait ralentir l’évolution de la maladie.
Ainsi, protéger son audition ne relève plus seulement du confort : c’est un enjeu clé pour préserver la santé du cerveau et anticiper les maladies neurodégénératives.


