L’hérédité ne se résume pas toujours à l’ADN

L’hérédité ne se résume pas toujours à l’ADN

Une étude de l’Université de Genève publiée dans The EMBO Journal apporte un nouvel éclairage sur l’hérédité épigénétique. Les chercheurs ont montré, chez le nématode Caenorhabditis elegans, qu’un changement temporaire dans la régulation des gènes peut laisser une trace durable, transmissible sur plusieurs générations, sans modifier la séquence d’ADN.

L’équipe s’est intéressée à H3K27me3, une modification chimique portée par les histones, ces protéines autour desquelles l’ADN s’enroule dans le noyau. Cette marque est associée à la répression de certains gènes. En perturbant temporairement son organisation à l’échelle du génome, les scientifiques ont observé que les effets ne disparaissaient pas immédiatement une fois le déclencheur initial retiré.

Chez les descendants génétiquement normaux, les changements de régulation et les défauts de fertilité ont persisté pendant de nombreuses générations. Selon le résumé de l’article, cette transmission peut se maintenir sous pression de sélection et reposer sur deux phases : une phase d’initiation dépendant de SET-32/H3K23me3, puis une phase de maintien nécessitant MES-4/H3K36me3.

Ces résultats suggèrent que l’hérédité ne passe pas uniquement par les mutations de l’ADN. Des informations liées à l’organisation et à l’usage du génome peuvent aussi se transmettre, au moins chez ce modèle animal, et influencer des traits biologiques comme la fertilité.

Les chercheurs restent prudents : il ne s’agit pas de dire que tous les caractères acquis se transmettent ainsi, ni d’extrapoler directement à l’humain. Mais cette étude montre qu’une perturbation passagère peut produire une mémoire biologique durable. Elle ouvre ainsi de nouvelles pistes pour comprendre comment les organismes peuvent répondre à des environnements changeants sans attendre l’apparition de mutations génétiques.

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