Une étude menée par l’Université de Berne révèle que les plantes disposent d’une capacité de perception des odeurs plus robuste qu’on ne le pensait. Les chercheurs montrent que certains composés volatils, émis notamment par des plantes attaquées par des insectes, peuvent être absorbés non seulement par les stomates, mais aussi directement par la surface des feuilles.
Jusqu’ici, les stomates étaient considérés comme la principale porte d’entrée de ces molécules odorantes. Ces petits pores présents à la surface des feuilles permettent les échanges gazeux nécessaires à la photosynthèse, notamment l’absorption du CO₂. Mais ils se ferment aussi dans certaines conditions, par exemple la nuit, en période de sécheresse ou sous stress thermique. Cela posait une question : comment une plante peut-elle continuer à détecter des signaux chimiques lorsque ses stomates sont presque fermés ?
Pour y répondre, l’équipe dirigée par Matthias Erb, de l’Institut des sciences végétales de l’Université de Berne, a étudié Kalanchoë laxiflora, une plante succulente capable de moduler l’ouverture de ses stomates selon l’âge des feuilles et le moment de la journée. Grâce à des mesures fines et à de la modélisation, les chercheurs ont montré qu’une part importante des composés odorants peut pénétrer par la cuticule et les couches cellulaires externes de la feuille.
Cette voie secondaire suffit à déclencher des réponses de défense, même lorsque les stomates sont fermés. La plante peut ainsi détecter les signaux d’alerte de voisines infestées et préparer sa propre protection.
À long terme, ces résultats pourraient ouvrir de nouvelles pistes pour une agriculture plus ciblée, en utilisant des odeurs naturelles capables de stimuler les défenses des cultures au bon moment, avec moins de pesticides.


