Editorial : Le courage de regarder les problèmes en face

Editorial : Le courage de regarder les problèmes en face

Je dois avouer avoir été effaré ce matin par le niveau du débat public qui accompagne certaines discussions pourtant essentielles pour l’avenir de nos sociétés. Ce qui me frappe n’est pas tant le fond des dossiers que la pauvreté de certains raisonnements, l’accumulation de sophismes et de postures qui remplacent trop souvent la réflexion et le dialogue.

À propos de la situation d’un travailleur français au chômage en Suisse, le ministre français du Travail Jean-Pierre Farandou déclarait récemment : “Si les Suisses n’ont pas besoin des travailleurs français, il faut nous le dire, on les gardera. Vous savez, on a plein de boulot pour eux.”

Cette phrase semble oublier un élément fondamental : le travailleur n’appartient ni à un État, ni à un gouvernement. Il est libre de choisir où il souhaite vivre, travailler, se développer et construire son avenir. Qu’il existe du travail en France, personne n’en doute. Mais si plus de 230’000 résidents français traversent chaque jour la frontière pour travailler en Suisse, alors que le mouvement inverse demeure marginal, c’est peut-être qu’ils y trouvent des opportunités qu’ils ne perçoivent pas ailleurs.

Mais la facilité du slogan n’est malheureusement pas l’apanage d’un seul côté de la frontière.

Lorsque l’on entend en réponse de la bouche du Président de notre confédération qu’un « modus vivendi » a été trouvé avec l’Union européenne : “tant que les Suisses ne se sont pas prononcés sur les accords, on n’amène pas ce genre de dossiers délicats sur la table », le message implicite est tout aussi préoccupant : les sujets difficiles seraient momentanément cachés sous le tapis afin de ne pas perturber le processus politique.

Or je crois exactement l’inverse. La démocratie n’est forte que lorsque les citoyens sont considérés comme suffisamment mûrs pour comprendre la complexité du réel. Les grands responsables politiques ne sont pas ceux qui évitent les problèmes. Ce sont ceux qui ont le courage de les exposer clairement, de reconnaître les tensions, d’accepter les contradictions et d’ouvrir un dialogue sincère.

Nous vivons une époque où les défis sont immenses : emploi, compétitivité, immigration, souveraineté, innovation, transition énergétique, vieillissement démographique etc. Aucun de ces sujets ne se résoudra par des formules choc ou des effets de tribune. Nous avons besoin de moins de postures et davantage de courage. Le courage de dire la vérité même lorsqu’elle dérange. Le courage d’écouter l’autre même lorsqu’il pense différemment. Le courage de construire des solutions plutôt que des oppositions.

C’est précisément dans ces moments que se révèle la qualité d’une démocratie.

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