« Il est 23h03. Cela fait près de dix ans que nous attendions Bernadette. Ce soir, elle dort chez elle après avoir été opérée au nouveau CCAG. »
Cette phrase peut sembler anodine. Elle est pourtant le véritable moment inaugural de ce projet.
Les discours, les rubans coupés, les visites officielles et les photographies sont nécessaires. Mais ils ne constituent pas l’essentiel. L’essentiel, c’est cette première patiente qui retrouve son domicile quelques heures après son intervention, entourée de ses proches, dans le confort de son environnement habituel.
Au fil des interventions de cette inauguration, il est apparu avec force que les dix années de gestation de ce projet avaient permis de faire mûrir une question essentielle : quel est le véritable moteur de la transformation de notre système de santé ? La réponse est multiple :
C’est d’abord une société qui cherche à optimiser son système de soins tout en maîtrisant l’augmentation des coûts. Une société qui souhaite continuer à offrir une médecine d’excellence tout en préservant sa capacité à la financer.
Ce sont ensuite des médecins qui rappellent avec conviction que leur premier devoir reste le bien du patient. Eux seuls peuvent déterminer ce qui relève de l’ambulatoire ou du stationnaire, non pas selon une logique administrative ou financière, mais selon les besoins réels de la personne soignée.
C’est enfin un système de santé qui redessine progressivement les frontières et les complémentarités entre acteurs publics et privés. Un exercice d’équilibriste complexe, parfois délicat, mais devenu indispensable pour répondre aux défis démographiques, technologiques et économiques qui nous attendent.
Cette réflexion de fond ne doit cependant pas nous faire oublier les femmes et les hommes qui ont porté ce projet pendant toutes ces années. Derrière chaque bâtiment, chaque salle d’opération, chaque protocole de prise en charge, il y a une somme considérable d’engagement, de persévérance et de confiance. Je tiens à saluer tout particulièrement Juliette Lemaigen, directrice du centre, ses équipes, les médecins, les partenaires et l’ensemble des personnes qui ont rendu cette réalisation possible. Car au-delà des infrastructures et des modèles organisationnels, la réussite d’un établissement de santé se mesure toujours à une chose : sa capacité à servir la population.
Ce soir, Bernadette dort chez elle. Et c’est probablement la plus belle démonstration que ce projet avait sa raison d’être.


