Dans la course mondiale aux semi-conducteurs, dominée par les États-Unis et la Chine, la Suisse pourrait jouer un rôle stratégique inattendu. Plutôt que de rivaliser par la production de masse, elle mise sur une approche différente : l’open source.
Au cœur de cette stratégie se trouve l’architecture RISC-V, une technologie ouverte qui permet aux ingénieurs de concevoir des puces sans dépendre des géants du secteur comme Intel ou ARM. Contrairement aux systèmes propriétaires, souvent coûteux et contrôlés par quelques entreprises, RISC-V offre une liberté d’innovation et réduit les barrières d’accès pour de nombreux acteurs.
Cette approche pourrait profondément transformer l’équilibre du marché. Aujourd’hui, la majorité des puces repose sur des architectures contrôlées par un nombre limité d’acteurs occidentaux. En proposant une alternative ouverte, la Suisse contribue à démocratiser la conception des semi-conducteurs et à limiter la concentration du pouvoir technologique.
Le pays bénéficie aussi d’un écosystème scientifique solide. Des institutions comme l’ETH Zurich développent depuis plusieurs années des prototypes de puces basées sur RISC-V, avec des gains d’efficacité importants, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle. Cette expertise positionne la Suisse comme un centre d’innovation, parfois comparé à un « CERN des semi-conducteurs ».
Dans un contexte où les semi-conducteurs sont devenus un enjeu géopolitique majeur, cette stratégie offre une voie alternative. Plutôt que de renforcer les rivalités, elle favorise la collaboration et l’ouverture.
Ainsi, sans être une grande puissance industrielle, la Suisse pourrait influencer en profondeur l’avenir des technologies numériques, en rééquilibrant les rapports de force grâce à l’innovation ouverte.


