L’annonce du lancement de six nouveaux Pôles nationaux de recherche (NCCR) par la Confédération est une excellente nouvelle pour la Suisse. Elle confirme une conviction forte : la recherche d’excellence reste le socle indispensable de toute ambition d’innovation durable, en particulier dans un monde fragmenté, instable et technologiquement très compétitif.
Médecine pédiatrique, climat, technologies quantiques, physique fondamentale, chimie avancée : les domaines couverts par cette nouvelle génération de NCCR illustrent clairement les priorités stratégiques du pays. Mais au-delà des thématiques, c’est surtout la logique sous-jacente qui mérite d’être soulignée : aucune de ces ambitions ne peut être portée par une institution seule. Toutes reposent sur des consortia interinstitutionnels, associant universités cantonales, écoles polytechniques fédérales, instituts de recherche et partenaires multiples.
C’est précisément là que se joue l’avenir de notre capacité d’innovation. Nourrir la recherche, ce n’est pas uniquement financer des projets ; c’est organiser la rencontre des compétences, créer des structures capables de fédérer des expertises diverses, et leur donner le temps et les moyens d’atteindre une masse critique suffisante. Sans cette masse critique, il est illusoire de prétendre se positionner au niveau mondial, que ce soit en termes de production scientifique, d’attractivité des talents ou de transfert vers l’économie et la société.
Les NCCR incarnent cette approche systémique. Ils permettent de dépasser les silos disciplinaires et institutionnels, de relier la recherche fondamentale aux applications, et de structurer un véritable pipeline d’innovation, allant de la découverte scientifique jusqu’à l’impact sociétal. Ils sont aussi des lieux de formation, d’émulation et de transmission, essentiels pour préparer la relève et renforcer la diversité dans la science.
Dans un contexte international marqué par une concurrence accrue et par des investissements massifs dans certains pays, la Suisse fait ici un choix clair : celui de miser sur la coopération, l’excellence collective et la durée. Depuis plus de vingt ans, les NCCR ont démontré leur capacité à créer des structures pérennes, à renforcer le positionnement international de la recherche suisse et à générer des retombées bien au-delà du monde académique.
Cette nouvelle vague de centres rappelle enfin une évidence parfois oubliée : l’innovation n’est pas un événement ponctuel, mais un processus continu, qui se nourrit de la recherche, des réseaux et de la confiance entre acteurs. Soutenir des projets interinstitutionnels ambitieux est aujourd’hui la seule voie crédible pour capter les compétences, les fédérer et transformer la connaissance en solutions concrètes au service de la société.
C’est à ce prix que la Suisse pourra continuer non seulement à innover, mais surtout à donner du sens et de l’impact à ses efforts scientifiques dans un monde en profonde transformation.


