Le capital-risque suisse sort enfin de l’angle mort

Le capital-risque suisse sort enfin de l’angle mort

Une étude vient combler un manque longtemps dénoncé dans l’écosystème de l’innovation suisse : l’absence de données fiables et comparables sur la performance du capital-risque. Menée conjointement par l’Université de Bâle, la SECA et Deep Tech Nation Switzerland, cette première Swiss Venture Capital Fund Return Study apporte des éléments factuels.

Premier constat majeur : le capital-risque suisse reste structurellement sous-financé, en particulier dans les phases de croissance plus avancées, alors même que la Suisse dispose d’un important capital institutionnel. Le problème n’est donc pas l’absence de ressources, mais le manque de données robustes permettant de légitimer le VC comme classe d’actifs aux yeux des investisseurs institutionnels.

L’étude analyse plus de CHF 3,5 milliards de capital engagé, couvrant une large part des fonds de capital-risque suisses les plus actifs. Elle s’appuie sur les réponses de 18 acteurs du VC, représentant plus de 40 fonds, avec des données basées sur les flux de trésorerie réels. Un point clé ressort clairement : les fonds suisses investissent beaucoup plus en Suisse que ce que laissent penser les bases de données internationales. En moyenne, 30 % du capital investi et 50 % du nombre total d’investissements sont alloués à des start-up suisses, principalement dans les technologies.

Sur le plan de la performance, les résultats sont sans ambiguïté : le capital-risque suisse est au niveau des benchmarks européens, avec même une surperformance marquée pour les millésimes récents (2020–2024). Mieux encore, une simulation de fonds de fonds investissant dans le VC suisse sur la période 2014–2020 montre qu’un tel véhicule aurait généré un IRR de 14 %, correspondant à un TVPI de 1,5x — des chiffres tout à fait compétitifs à l’échelle européenne.

Ces résultats battent en brèche plusieurs idées reçues. Non, le VC suisse n’est pas marginal. Non, il n’est pas moins performant. Il souffre surtout d’un déficit de visibilité et de reconnaissance, faute de données consolidées jusqu’ici.

En résumé : les chiffres sont là. Il appartient désormais aux investisseurs, aux institutions et aux décideurs de s’en saisir.

Leave a reply