Je me souviens d’une remarque liminaire faite par mon homologue, le président de la Chinese Academy of Engineering, lors de l’ouverture de l’un de nos congrès annuels conjoints CAE–SATW. Il commença simplement par ces mots : “Today is a great day.”
Sur le moment, je me suis interrogé.
Était-ce une formule rituelle ? Une manière un peu artificielle de “mettre de l’énergie” dans la salle ? Une positivité de façade, presque mécanique ? Puis il ajouta qu’il disait cela chaque matin en arrivant au bureau. Non pas pour nier les difficultés, ni pour masquer les tensions, mais pour installer un cadre mental. Pour rappeler à ses équipes que leur travail s’inscrivait dans quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Que, malgré les obstacles, ce qu’ils faisaient avait du sens. Et que le sens, souvent, précède la motivation.
C’est alors que j’ai compris.
Il ne s’agissait pas d’optimisme naïf, mais d’un acte de responsabilité. Nommer la journée comme “grande”, ce n’est pas décrire la réalité : c’est la mettre en mouvement. C’est créer un espace dans lequel l’engagement devient possible. Une manière de dire : nous choisissons de ne pas commencer la journée par la fatigue ou la peur, mais par l’intention.
Les mots façonnent les climats.
Ils n’effacent ni les crises ni les incertitudes, mais ils orientent notre manière de les traverser. Dans un monde saturé de nouvelles anxiogènes, de conflits, de ruptures et de doutes, affirmer que la journée est “grande” relève presque de la résistance. Une résistance douce, mais déterminée.
Alors que 2026 commence, malgré l’accumulation de nouvelles douloureuses, malgré les tensions visibles et invisibles, peut-être devrions-nous faire ce même choix conscient.
Dire, non pas par déni, mais par engagement :
This year is a great year.
Et chaque matin, sans attendre que tout aille bien, nous dire simplement :
Today is a great day.
Non parce que tout est facile.
Mais parce que tout reste possible.


