Déserts médicaux : l’essor des IA de santé relance le débat sur l’avenir de la médecine de proximité

Déserts médicaux : l’essor des IA de santé relance le débat sur l’avenir de la médecine de proximité

En France, près de six millions de personnes n’ont pas de médecin traitant, une situation qui illustre l’ampleur de la crise de la médecine de ville. Dans ce contexte, l’annonce de nouveaux outils d’intelligence artificielle dédiés à la santé, capables d’analyser des données médicales, de suivre des constantes via des objets connectés et de répondre à des questions cliniques, entre en résonance directe avec une réalité de terrain marquée par la pénurie de soignants. Selon plusieurs observateurs, l’IA ne vient plus seulement “aider” le système de santé : elle occupe un espace laissé vacant par le recul de l’offre de soins de proximité.

Le chiffre qui alerte les experts est le suivant : des centaines de millions de questions liées à la santé sont déjà posées chaque semaine à des outils d’IA générative. Ce volume massif suggère que de nombreux patients cherchent avant tout une réponse rapide, parfois en l’absence d’un professionnel accessible. Les autorités sanitaires soulignent pourtant que ces systèmes ne constituent pas des dispositifs médicaux validés et qu’ils ne peuvent remplacer une consultation, notamment pour le diagnostic et la prescription.

Parallèlement, la France fait face à une extension continue des déserts médicaux. Selon la DREES, plus de 80 % du territoire connaît aujourd’hui des tensions d’accès aux soins, ce qui conduit les pouvoirs publics à mettre en place des mesures palliatives (élargissement de compétences, téléconsultation, maisons de santé). Pour de nombreux spécialistes, ces solutions ne suffisent pas à compenser l’érosion structurelle de la médecine de premier recours.

L’irruption d’outils d’IA de santé soulève donc une question stratégique : faut-il considérer ces technologies comme un simple complément, ou comme le signe d’un basculement de souveraineté sanitaire, où des plateformes privées internationales deviennent l’un des premiers points d’entrée dans le parcours de soins ? Les chercheurs appellent à un double mouvement : investir massivement dans l’offre médicale humaine et développer en parallèle des IA cliniques certifiées, intégrées au système public, afin d’éviter une “médecine par défaut”.

En savoir plus

Leave a reply