Les autres deviennent meilleurs…

Les autres deviennent meilleurs…

L’ETH Zurich perd une place. L’EPFL aussi. La réaction naturelle serait d’y voir un recul, peut-être même le signe d’un affaiblissement. Je crois qu’il faut regarder les choses autrement. Une place dans un classement n’existe jamais en soi ; elle est toujours relative. On peut continuer à progresser, à mieux former, à davantage publier, à renforcer le transfert de technologie, et malgré tout reculer si d’autres avancent plus vite. C’est précisément ce que nous devons apprendre à regarder : non seulement notre propre trajectoire, mais la vitesse du monde autour de nous.

Le fait que Tsinghua dépasse pour la première fois l’ETH Zurich dans le classement du Times Higher Education n’est donc pas une simple anecdote statistique. Pas davantage que la présence désormais affirmée de plusieurs universités asiatiques parmi les toutes premières mondiales. C’est le signe d’un déplacement progressif de la géographie de l’excellence. Pendant longtemps, la Suisse a pu considérer la qualité de ses institutions comme un avantage presque structurel. Mais l’excellence n’est jamais définitivement acquise. Elle n’est pas un patrimoine que l’on conserve intact simplement parce qu’on en a hérité. Elle ressemble davantage à une avance qu’il faut sans cesse recréer, entretenir, remettre en jeu.

La vraie question n’est donc probablement pas de savoir si nous sommes devenus moins bons. Je ne le pense pas. La vraie question est de savoir si nous progressons encore suffisamment vite dans un monde où les autres accélèrent. La Chine, Singapour et, plus largement, une partie de l’Asie investissent avec une intensité remarquable dans la recherche, les infrastructures, les talents et les technologies stratégiques. Ce mouvement ne diminue en rien la valeur de nos institutions ; il modifie simplement le référentiel dans lequel cette valeur se mesure.

C’est peut-être là que réside le risque le plus subtil pour la Suisse : confondre excellence et avance. Nous pouvons rester excellents tout en perdant progressivement notre avantage relatif. Nous pouvons continuer à faire mieux qu’hier sans pour autant faire mieux que ceux qui nous rattrapent ou nous dépassent. Et dans la recherche comme dans l’innovation, ce ne sont pas nécessairement ceux qui deviennent moins bons qui décrochent. Ce sont parfois simplement ceux qui avancent moins vite que les autres.

L’enjeu n’est donc pas de céder au pessimisme, mais de retrouver le sens du mouvement. Une position n’est jamais un acquis ; elle est le résultat provisoire d’un effort, d’une ambition et d’une capacité à se renouveler. Le monde ne nous attend pas. 

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1 Comment

  1. GEORGES HAOUR - October 1, 2026

    Il faut prendre ces classements avec de solides pincettes. Tsinghua est excellente-j’y ai de très bons Collègues- mais a encore beaucoup à apprendre.
    Ceci étant, la Chine avance à une vitesse, que nous ne semblons pas capable d’égaler. Cela veut dire qu’il nous faut avoir encore plus de ruse que les Sioux
    Bonne fin d’année !

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