Editorial : Tous coupables !

Editorial : Tous coupables !

Ou peut-être pas vous car vous savez prendre le temps de vivre le temps. Bravo !

Car le temps passe et trépasse, il se consume qu’on le consomme ou pas. Le consommer, c’est s’en nourrir, c’est le partager avec nos proches, nos collègues, avec ceux qui croisent nos journées et leur donnent parfois une couleur particulière. Pourtant, combien de fois oublions-nous les autres, absorbés par nos tâches, prisonniers de nos urgences, persuadés que l’essentiel attendra encore un peu. Et pourtant, les plus beaux signes de vie ne prennent presque pas de temps. Un message, une attention, une écoute, un sourire parfois suffisent à transformer une journée. Ces instants minuscules ne nous font pas perdre du temps, ils nous en donnent. Ils élargissent la vie.

Mais le temps peut aussi nous échapper autrement. Nous le laissons filer par paresse, par lassitude ou simplement parce que nous croyons qu’il reviendra. Or celui-là ne se rattrape jamais. Chaque heure abandonnée tombe dans un silence irréversible. Il existe encore une autre manière de se perdre : offrir son temps trop généreusement, au point de ne plus se consacrer à soi-même. Certains vivent uniquement pour répondre aux attentes des autres et finissent par ne plus entendre leur propre voix. Le temps partagé est précieux, mais il devient dangereux lorsqu’il efface celui qui le donne.

Ah le temps… Des livres entiers ont été écrits sur sa gestion, sur les méthodes pour le maîtriser, le structurer, l’optimiser. Mais des abysses se dressent entre les résolutions et le quotidien. Nous savons presque tous ce qu’il faudrait faire, et pourtant nous continuons à courir après des journées trop courtes. Peut-être parce que le temps refuse d’être domestiqué. Il avance sans négociation possible. Nous parlons de le gagner ou de le perdre comme s’il nous appartenait, alors qu’en réalité nous ne faisons que le traverser.

Un exercice impossible sans doute. Un vœu pieux peut-être. Un texte inutile aussi, car ce qui est écrit ici, vous le connaissez déjà. Vous le vivez dans vos retards, vos regrets, vos moments suspendus, vos élans soudains vers ceux que vous aimez. Mais au moins je l’aurai partagé. Et ce partage devient alors une rencontre. Finalement, c’est peut-être cela la plus belle source de motivation : ne pas s’enfermer dans sa propre course, mais continuer à échanger avec vous tous, pour donner au temps une saveur qui dépasse sa simple fuite.

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