Face à la montée inquiétante de l’antibiorésistance, une solution longtemps oubliée a refait surface : les bactériophages, des virus capables de tuer spécifiquement les bactéries. À Lausanne, ces “virus tueurs” ont suscité un regain d’intérêt et sont apparus comme une piste sérieuse pour compléter — voire transformer — les traitements actuels.
Contrairement aux antibiotiques, les bactériophages agissent de manière ciblée. Ils infectent uniquement certaines bactéries, s’y multiplient, puis les détruisent sans affecter les cellules humaines ni la flore bénéfique. Cette précision en fait une alternative particulièrement intéressante face aux bactéries devenues résistantes aux traitements classiques.
L’antibiorésistance constitue aujourd’hui une crise sanitaire mondiale. Les infections causées par des bactéries multirésistantes entraînent des hospitalisations longues et des traitements de plus en plus lourds, avec des résultats parfois insuffisants. Dans ce contexte, la phagothérapie a été envisagée comme une solution complémentaire, notamment dans les cas les plus graves.
En Suisse, et notamment à Lausanne, les recherches se sont intensifiées. Des équipes scientifiques ont travaillé à isoler et sélectionner des phages efficaces contre des bactéries spécifiques, une étape essentielle car chaque traitement doit être hautement personnalisé. Cette approche, bien que prometteuse, reste complexe et encore largement expérimentale.
Les défis sont nombreux : difficulté à standardiser les traitements, manque d’essais cliniques à grande échelle et exigences réglementaires strictes. En Suisse, l’utilisation des phages a ainsi longtemps été limitée à des situations d’urgence, lorsqu’aucune autre solution thérapeutique n’était disponible.
Malgré ces obstacles, les bactériophages ont marqué un tournant. Leur capacité à contourner la résistance bactérienne et à s’adapter aux mutations en fait un outil potentiellement clé pour la médecine de demain.
Ainsi, à Lausanne comme ailleurs, ces virus longtemps ignorés se sont retrouvés “dans les starting-blocks”, prêts à jouer un rôle central dans la lutte contre l’une des plus grandes menaces sanitaires du XXIe siècle.


