Une étude publiée dans Circulation Research met en lumière un lien direct entre le microbiote intestinal, le cerveau et la fonction cardiaque — une voie de communication surprenante qui influence la santé cardiovasculaire et pourrait ouvrir de nouvelles pistes pour lutter contre l’hypertension et l’insuffisance cardiaque.
Les chercheurs ont identifié un métabolite bactérien, l’acide indole-3-acétique (IAA), produit par des microbes du tube digestif à partir de l’acide aminé tryptophane. Chez un modèle animal de dysbiose (déséquilibre du microbiote), un faible niveau d’IAA était associé àune aggravation de la rigidité du muscle cardiaque et à un mauvais relâchement du ventricule, un marqueur clé de l’insuffisance diastolique.
Le mécanisme mis en évidence implique une interaction entre le métabolite intestinal et des neurones hypocretin (Hcrt) situés dans l’hypothalamus, une région du cerveau qui régule notamment l’activité du système nerveux autonome. Lorsque les niveaux d’IAA diminuent, ces neurones deviennent hyperactifs, stimulent excessivement le système nerveux sympathique et contribuent à la rigidité du cœur — un facteur important dans l’hypertension et l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée.
Inversement, la suppression de cette hyperactivation neuronale ou la supplémentation en IAA atténuait la réponse cardiovasculaire, améliorant la relaxation ventriculaire et modérant l’activation d’autres voies physiologiques impliquées dans l’hypertension (comme le système rénine-angiotensine-aldostérone). Ces effets ont été observés dans des modèles animaux et sont cohérents avec des profils métaboliques observés chez des patients hypertendus humains.
Cette étude dévoile une nouvel axe “intestin-cerveau-cœur” où un métabolite microbien influence directement la fonction cardiaque via des circuits neuronaux. Elle suggère que l’équilibre du microbiote et ses produits pourraient devenir de nouveaux biomarqueurs ou cibles thérapeutiques pour prévenir ou traiter l’insuffisance cardiaque et l’hypertension, en complément des stratégies classiques.
À l’avenir, des approches diététiques, des probiotiques ou des interventions ciblées sur l’IAA pourraient être explorées pour préserver la santé cardiovasculaire, notamment chez les populations à risque de rigidité cardiaque ou de défaillance diastolique.


