[Opinion] Expatriation des assets de Symetis : cultiver l’écosystème pour enraciner nos entreprises

[Opinion] Expatriation des assets de Symetis : cultiver l’écosystème pour enraciner nos entreprises

Boston Scientific vient d’annoncer la volonté de délocaliser les activités et assets de Symetis en Irlande. Cette mesure, qui menace 125 emplois doit nous rappeler l’importance des «racines» et de l’«écosystème» pour une entreprise. Mais ces notions très territoriales ont-elles encore un sens à l’heure de la mondialisation et du capitalisme «sans frontières» ?

Entreprises sans racines?

Implantation de multinationales, de sièges de sociétés, de centres de recherche et développement et autres grands projets… Nous célébrons à raison ces succès qui renforcent le positionnement de la Health Valley sur la carte mondiale des sciences de la vie. Mais l’enthousiasme ne saurait nous faire oublier combien nous devons rester vigilants et résolument orientés vers l’action, car ces nouveaux venus n’ont à ce stade pas encore pris racines. Or, les activités « hors-sol», à l’image des cultures sous serres, sont des illusions tout juste utiles aux statisticiens en mal de «ranking» et des fantasmes pour des managers-technocrates qui rêvent de n’avoir à gérer que des «actifs» fluides et mobiles… plutôt que des femmes et des hommes attachés à un environnement parce qu’ils y ont tissé des liens et enraciné leur vie. Parce qu’ils y puisent leur énergie, leur force vitale, leurs références et leur imaginaire… Autant d’éléments immatériels qui n’entrent pas dans la quadrature rassurante des tableurs Excel.

Communauté d’hommes et de projets – Aussi, dans certains cas, nous assistons malheureusement à une délocalisation. Nous prenons alors conscience que certains dirigeants ont une notion virtuelle ou idéelle de leur entreprise qu’ils réduisent à une entité malléable à merci, et donc «délocalisable» d’un clic de souris vers n’importe quel territoire offrant le meilleur rendement du capital investi, ou encore, là où pourraient les mener leurs intérêts personnels.

Comment changer cet état d’esprit, qui résume l’entreprise à un «actif financier» que l’on gère selon le principe de «l’allocation optimale de ressources» ? En enrichissant le terreau fertile qui irriguera ces entreprises.

Racines régionales

Ainsi, les managers habitués à gérer leur entreprise comme des briques Lego de «facteurs de production» intègreront les composantes issues de notre région, les valoriseront et y puiseront durablement une part de leurs performances. Ils enracineront leur entreprise et éloigneront le spectre de la délocalisation. Ce faisant, ces entreprises rejoindront les entreprises patrimoniales régionales, qui, telles les vignes qui se nourrissent d’un terroir singulier pour donner des vins de qualité, tirent avantage d’une histoire, d’une culture, de compétences, de soutiens, de réseaux propres au territoire qui les ont vu naître et grandir.

Nous sommes conscients de tout ce que notre tissu industriel apporte: emplois, création de richesse, ressources fiscales, notoriété, contribution à la dynamique académique et entrepreneuriale… Mais les entreprises doivent, elles aussi, avoir conscience des richesses que leur offre leur région: des conditions-cadre et une stabilité politique remarquables,  un cadre de travail et de vie très agréable, l’expérience de générations de femmes et d’hommes qui apportent leur force de travail, leurs talents, leur créativité et leur confiance, contribuant ainsi à leur développement, à leur prospérité, à leur image, et, en partie aussi à leur pérennité.

Ce sont ces atouts que nous mettons en lumière et c’est dans cet esprit que nous consolidons les liens entre acteurs régionaux, qu’ils soient académiques, industriels, gouvernementaux ou acteurs de la dynamique de l’innovation.

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